Haïti : l’aide internationale est-elle indispensable ?

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En théorie, la finalité de l'aide internationale est de promouvoir une sorte de justice mondiale. En pratique, elle s'applique à remplir une double mission :
- redistribuer les richesses de la planète en transférant les ressources des pays riches vers les pays pauvres
- réduire les inégalités sociales en soutenant les efforts des pays pauvres sur la voie du développement.
À Haïti, suite au séisme dévastateur du 12 janvier 2010, la mobilisation de la communauté internationale pour venir en aide en Haïti a été d'une ampleur telle que j'ai cru voir souffler sur le pays un vent de changement.
Je voyais venir un engagement national qui utiliserait cet élan des bailleurs internationaux pour enfin placer Haïti sur le chemin du progrès socio-économique.
Malheureusement, 18 mois plus tard, on peut lire dans les journaux que beaucoup de promesses n'ont pas été tenues, on constate notamment les effets d'une gestion déplorable des fonds et la détérioration des conditions de vie de la population (rapport PNUD 2011).
Toutefois, des voix s'élèvent pour rappeler que pour le moment le pays ne peut pas se passer du support financier international qui finance jusqu'à 65 % du budget national (budget 2010/2011).
Comment comprendre l'impact et l'importance de l'aide internationale en Haïti ? Que faut-il faire pour qu'elle soit efficace ?
Un rôle humanitaire
La réduction de la pauvreté et la croissance économique sont généralement les missions principales de l'aide internationale. Lorsque j'essaie d'apprécier ces deux objectifs à la lumière de la réalité haïtienne, j'arrive à la conclusion que l'aide internationale remplit de manière essentielle une fonction humanitaire en Haïti.
Il est difficile de mesurer l'impact de l'aide sur la croissance économique du pays mais je reste convaincu qu'elle contribue malgré tout à changer le destin des enfants d'Haïti.
Combien d'enfants ont pris le chemin de l'école grâce au programme d’éducation gratuite du gouvernement haïtien supporté par la Banque interaméricaine de développement et le programme de support scolaire de l'Unicef ? Ils reçoivent également un plat chaud par jour grâce au Programme alimentaire mondial (PAM).
Nombre de familles défavorisées ont pu trouver un boulot, avoir accès à des soins de santé ou à un logement grâce aux actions humanitaires des organisations non gouvernementales (ONG) œuvrant dans le pays. Ces considérations me permettent de comprendre que l'aide attenue la souffrance sans avoir forcément un impact direct et mesurable sur la croissance économique.
Un rôle de soutien au développement
Au-delà de son rôle humanitaire, je pense que l'aide internationale doit être ancrée dans une démarche visant la promotion des droits fondamentaux de l'homme et de la femme par le renforcement des institutions nationales. Il faut admettre que cet aspect est trop souvent négligé dans la mise en œuvre de l'aide.
La communauté internationale peut sembler préférer le canal des ONG et organisations internationales pour écouler l'aide au détriment des institutions de l'État. Et dans ce cas, l'aide a des conséquences négatives sur la fierté et la dignité nationale, ce qui constitue une entrave au développement.
Depuis de nombreuses années, on entend dire qu'Haïti est une république dirigée par les ONG du fait de leur nombre et de la faillite de l'État.
On parle de milliers d'ONG opérant dans le pays alors que seulement 495 sont dûment enregistrées au ministère de la Planification. Pour l'exercice fiscal 2009/2010, seules 19 ONG avaient soumis leur rapport de gestion au ministère de la planification (www.mpce.gouv.ht). Je me demande pourquoi les autres croient qu'elles ne sont pas tenues de respecter cette exigence légale. Cette réalité me permet de dire que l'aide internationale a du mal à remplir sa fonction de développement en Haïti puisqu'elle n'est ni assez régulée ni suffisamment coordonnée.
Vers une plus grande efficacité de l'aide en Haïti
La vertu de l'aide internationale réside dans le fait qu'elle se veut l'expression de la solidarité des pays riches dans la lutte contre la pauvreté dans le monde.
Je pense que la communauté internationale doit s'engager sur le plan éthique afin d'aider Haïti à sortir de cette pauvreté chronique. Pour y arriver, je crois qu'il est impératif d'aller vers un modèle de coopération axée sur le renforcement des institutions et sur l'obtention de résultats probants. Ainsi, la solidarité internationale doit être repensée, redéfinie et réorientée de manière à accompagner l'État dans sa mission pour favoriser le progrès socioéconomique de la société haïtienne.
Dans cette optique, la construction des nouveaux locaux du parlement haïtien (voir photo ci-dessus) par l'Agence américaine de développement international (USAID) semble inaugurer une nouvelle forme de coopération entre les acteurs de l'aide internationale et le gouvernement haïtien.
Car, comment arrivera-t-on à rendre l'aide internationale efficace si on ne parvient pas à freiner la corruption et à promouvoir la bonne gouvernance dans la conduite des affaires de l'État ?
À propos de Wisnaud
Originaire de Verrettes, dans le nord d'Haïti, Wisnaud est titulaire d'une maîtrise en Droit et Sciences politiques. Il s'intéresse particulièrement à la finance publique et au développement humain et veut faire connaître la réalité socioéconomique de son pays, particulièrement celle des jeunes.
Crédits photo. : Haitilibre.com. Légende : nouveau bâtiment abritant le Parlement haïtien, zone du Bicentenaire, centre de Port-au-Prince. Cette construction est financée à hauteur de 1,9 million de dollars par l'Agence américaine de développement international (USAID).
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