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Éducation en crise au Mali : trouver des alternatives

Par Maouloune Arby,24 ans,Mali | 04/12/2011 | Thèmes:Éducation | 24 personne(s) aime(nt) cette page
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Les élèves et étudiants sont les grandes victimes d’un système éducatif boiteux et de programmes d’enseignement inadaptés

L'éducation est depuis longtemps une priorité au Mali. Cependant, les faibles ressources de l'Etat ne permettent pas de pallier aux grandes insuffisances  dans ce domaine.

Une priorité constante : l'éducation de base pour tous

Depuis son indépendance (1960), le Mali est resté fidèle pendant plus de trente ans à une politique axée sur une alphabétisation de masse. Mais en dépit des efforts consentis par l'Etat malien et ses partenaires pour éradiquer l'analphabétisme, les nombreux programmes d'éducation ont connu des résultats mitigés (taux élevés d'absentéisme et d'abandon scolaire).

Récemment, sous l'impulsion de l'aide internationale de nombreuses écoles maliennes se sont engagées dans des programmes de nutrition qui permettent de distribuer un repas équilibré par jour à chaque élève. Ces programmes contribuent largement à la baisse du taux d'absentéisme et permettent également d'améliorer las santé des enfants.

Enseignants et Gouvernement : quand parviendront-ils à s'entendre ?

La rémunération des enseignants est assez faible par rapport au coût de la vie de plus en plus élevé. Cela entretient des tensions qui existent depuis longtemps : les syndicats enseignants multiplient les appels à la grève pendant que l'Etat, incapable de satisfaire leurs doléances, joue à la sourde oreille.

Cette situation constitue un véritable handicap pour le système car bien souvent, on frôle l'année « blanche » avec seulement 3 à 4 mois de cours. Cette réalité était jadis celle du supérieur mais aujourd'hui, elle touche particulièrement l'enseignement secondaire.

Aujourd'hui encore une nouvelle polémique semble bloquer le dialogue. L'Assurance maladie obligatoire (AMO) pour laquelle le Gouvernement prélève, de façon arbitraire, une cotisation mensuelle sur les salaires a été instaurée sans que l'Etat ait réussi a trouver un véritable terrain d'entente avec les organisations de la société civile. 

Le recrutement des enseignants

Je suis, moi-même, professeur de l'enseignement privé et la question est sur toutes les lèvres : quel avenir pour l'enseignant au Mali ?

Paradoxalement, l'enseignement est un métier par défaut au Mali et constitue un transit pour les jeunes diplômés à la quête d'un emploi à la hauteur de leurs diplômes. Ils s'engagent dans l'enseignement avec des lacunes qui nuisent considérablement à la qualité recherchée.

Il n'est pas rare de trouver un étudiant de maîtrise en droit d'enseigner l'Histoire-Géo au collège. Ce phénomène est hélas encouragé par  les promoteurs d'écoles privées qui ne voient que le profit. Ils prennent de plus en plus de jeunes professeurs sans expérience et qui ne discutent pas du « prix ».

En bout de chaîne, les élèves et étudiants sont les grandes victimes d'un système éducatif boiteux et de programmes d'enseignement inadaptés. Et aujourd'hui, les réformes exigées par l'UEMOA n'arrangent rien.  

Depuis deux ans déjà, brusquées par les réaménagements annoncés, les autorités ont entrepris un gigantesque chambardement qui, au lieu de réconcilier les élèves avec l'apprentissage, a creusé le fossé entre l'élève et sa classe.

Le Supérieur : pas d'emploi pour les diplômés

Parallèlement, le système universitaire est confronté à un problème de taille qui résulte du cumul de la surpopulation universitaire et de l'inadéquation des programmes de formation  aux besoins du terrain : il s'agit du manque de débouchés.

Chaque année, près de 120 000 jeunes diplômés arrivent sur le marché du travail. Les capacités d'insertion professionnelle à la fonction publique ne permettent  qu'à un jeune diplômé sur cinq de trouver un emploi.

Afin de résoudre ce problème, les services publics de l'Agence Nationale pour la Promotion de l'Emploi (ANPE) et de l'Agence pour la Promotion de l'Emploi Jeune (APEJ) développent depuis 2007 des programmes destinés à préparer les jeunes diplômés à la vie professionnelle.

Vers des formations mieux adaptées

Au début des années 2000, de nouveaux programmes professionnalisants ont été mis en place, notamment par des ONG dans les zones rurales (voir liens ci-contre) et des ateliers se sont créés visant à renforcer les capacités de groupes divers (associations de femmes, formations au sein des départements publics et des entreprises…). Ces programmes ont connu un franc succès à travers le pays.

Les secteurs de l'agriculture, de l'artisanat (secteur informel inclus) ont enregistré d'importantes améliorations grâce à des programmes adaptés aux besoins de modernisation des équipements et des compétences.

Les associations féminines ont pu trouver satisfaction dans de nouveaux modules comme la création et la gestion d'entreprise, les techniques de vente de produits et de services, etc.

Par ailleurs, une nouvelle forme d'initiative individuelle se développe à l'échelle locale dans tout le pays : les cours du soir.

À l'origine destinés aux adultes, les cours du soir prennent une ampleur inédite et concernent toutes les catégories socioprofessionnelles. Ces véritables programmes éducatifs du soir ont su évoluer. Il ne s'agit plus de formation initiale pour adultes mais d'un concentré de formations théoriques et pratiques.

Ces formations sont de plus en plus réputées et empruntent le modèle des programmes modulaires qui s'organisent en fonction des publics auxquels ils s'adressent.

En 2010, j'ai moi-même souhaité participer à ce nouvel élan de l'éducation malienne en publiant un programme dit « d'éducation populaire tournée vers l'action » (disponible sur le site  de l'Alliance des jeunes patriotes du Mali)  constitué d'un premier volet sur l'alphabétisation de masse et d'un second qui encourage une éducation civique et morale, afin de stimuler le développement  socioéconomique du Mali tout en favorisant le brassage culturel et l'intégration sous-régionale.

Relever le défi du développement accéléré

C'est certain, la diversification des emplois et la mondialisation  représentent à la fois un défi et une opportunité de croissance qui poussent les pays moins avancés à accélérer leur vitesse de développement.

Le Mali est en train de tout faire pour saisir cette chance, avec l'aide des organismes internationaux et de la société civile malienne qui prend conscience de la nécessité de s'organiser et de s'auto-former.

Espérons que l'éducation offrira bientôt de nouvelles perspectives aux jeunes maliens.

 

À propos de Maouloune
Après avoir suivi une formation en Sciences sociales en France, Maouloune a décidé de s'engager pour le développement de son pays, le Mali. Il dirige l'Alliance des jeunes patriotes du Mali (AJPM) et a publié un essai politique chez Edilivre.com.

Vos réactions

Voir plus de commentaires 3

Maouloune (internaute)

Bonjour et merci pour les commentaires. Je tiens quand même à souligner qu'il ne s'agissait pas d'énumérer toutes les difficultés de l'école malienne dans le présent article mais simplement de pouvoir montrer avec précision d'où on est parti pour arriver à un tel résultat. Cet article, loin de faire le procès de l'enseignement en général, donne un certain nombre d'indices afin d'expliquer une situation pour le moins très embarrassante. Bien sûr que les conséquences sont à la fois multiples et nauséabondes mais ça reste des conséquences d'une situation elle même partie de la crise progressive de l’État malien notamment autoritaire et du manque supposé de moyens pour répondre aux besoins mal satisfaits des Professeurs...

AD (internaute)

Bonjour, Il convient de saluer le courage de Mr Arby pour son expose même si je ne partage pas totalement son analyse de la situation scolaire et universitaire au Mali. Personnellement je pense que le problème ne peut être expliqué par la seule variable d’état « Manque ou insuffisance de Moyen ». Les acteurs de l’école, le Gouvernement, les enseignants, les élèves et étudiants, les parents d’élèves et la société civile ont tous failli à leur devoir. Conséquence, nous avons une intermittence de grèves des enseignants et des élèves et étudiants, un programme non adapte, une accumulation de générations d’étudiants à l’université, une délinquance sexuelle et une corruption inégalée, des generations de chômeurs. A ton besoin d’avoir un prix Nobel en analyse pour comprendre que l’AEEM(sous sa forme actuelle) est un frein à l’excellence, de constater l’absence d’autorité de l’état, que nos enseignants(dont la plus part est issu du système) sont inefficaces. Je ne prends pas de plaisir à exposer le problème comme ça, cependant pour mieux apprendre il faut être conscient de son ignorance. Nous devons arrêter de justifier cet échec par le manque de moyen seulement, cherchons plus à optimiser nos ressources. Nous avons besoin d’institutions fortes pour redresser la situation car on ne peut diriger une nation dans la calomnie, le vol et l’impunité. Cordialement,

Sacko (internaute)

FELICITATON PRESIDENT

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