Cette page en :

Il ne manque pas grand chose à Kibera...

Par Caitlin Brooks Rooney,24 ans,États-Unis | 14/11/2011 | Thèmes:Éducation | 34 personne(s) aime(nt) cette page
content_main_image
Je suis constamment impressionnée par le pouvoir de l’éducation. Grâce à elle, les conditions de vie de tous ces enfants ne cessent de s’améliorer.

...si ce n'est des opportunités.

Beaucoup de gens savent que Kibera est un gigantesque bidonville au Kenya, dans l’Est de l’Afrique, mais la plupart ignorent les richesses dont la cité regorge : une énergie, une atmosphère et une culture uniques au monde. Moi, Caitlin, jeune étudiante américaine, j’ai eu la chance de m’y rendre à deux reprises et j’ai beaucoup appris des gens que j’y ai rencontrés.

Parfois je me demande comment c’est arrivé. Comment ai-je pu aller à Kibera ? Quelle chance a-t-il fallu pour que ma mère ait l’idée de m’envoyer au Kenya en 2007, accompagnée de mon professeur d’Histoire de lycée ? Comment, grâce à ce voyage, ai-je appris à aimer Kibera et ses habitants ? Dès ce premier voyage, j’ai eu la chance de connaître Kibera de l’intérieur. J’ai travaillé avec la Fondation des enfants de Kibera et depuis je suis constamment impressionnée par le pouvoir de l’éducation. Grâce à elle, les conditions de vie de tous ces enfants ne cessent de s’améliorer.

L’infrastructure dans Kibera ne ressemble à rien de ce que j’ai pu voir ou imaginer avant d’y mettre les pieds. En 2009, le Recensement de la population et du logement au Kenya a comptabilisé 200 000 résidents à Kibera – sachant que la surface de Kibera est à peu près équivalente à celle de Central Park à New York --, d’autres estiment que ce chiffre dépasserait plusieurs millions. Dans un lieu où les immeubles de béton et de briques passent pour luxueux, la plupart des maisons se soutiennent les unes les autres et sont faites de bric et de broc, de taule ondulée en acier, de branches d’arbres, de boue et d’à peu près n’importe quoi qui puisse les permettre de tenir debout.

Les routes me font penser à un labyrinthe, les chemins s’entortillent de sorte que je ne suis jamais bien sûre de réussir à atteindre ma destination. Il n’y a pas de panneaux de circulation, pourtant les autochtones n’ont aucun mal à circuler entre les différents quartiers de Kibera. Pour ma part, je suis complètement perdue et je tourne en rond sans réussir à aller nulle part. Les publicités pour les multinationales comme Coca-Cola et Barclays sont peintes sur les façades des immeubles et sur les clôtures. Des filets d’eaux usées sont visibles un peu partout au milieu des détritus qui recouvrent le sol.

Même si les gens de Kibera doivent chaque jour affronter un environnement où règnent le crime, la faim, l’extrême pauvreté, dans des conditions de vie exiguës, il y a toujours de l’espoir pour qu’elle se développe et prospère. Les difficultés réelles du quotidien rendent le rôle de l’école d’autant plus crucial pour les enfants de Kibera. La Fondation des enfants de Kibera a pour but de leur offrir des opportunités d’étudier grâce à des bourses. Elle a fait installer du matériel informatiquefinancé grâce à des collectes de dons, et construit un solide réseau de soutien pour aider les jeunes à atteindre le meilleur niveau d’études possible.

Le système d’éducation kényan classe les enfants en fonction de leurs performances dès leurs premières années de scolarité. Ce qui force les jeunes à décider très tôt s’ils veulent utiliser leur cursus scolaire comme un outil qui pourra les mener vers le succès. De mon point de vue de jeune américaine, cela peut sembler difficile et même, disons-le carrément, pas très réaliste. Je me souviens de mes années d’école maternelle, je jouais à faire la cuisine ou à des jeux vidéo, je coloriais des livres d’images. Pour les enfants kényans, le système éducatif ne leur laisse pas le choix : il faut qu’il trouve le soutien et les encouragements nécessaires pour prendre leur vie en main dès leur plus jeune âge.

Quand j’étais à Kibera cet été, j’ai assisté une enseignante alors qu’elle faisait classe en cours élémentaire. Elle leur apprenait à expliquer un texte et à déchiffrer des fractions, tout cela en anglais. Je n’imagine pas que dans une école américaine on puisse demander à des élèves 7 ans de faire toutes ces choses dans une langue étrangère. Malgré la difficulté de ces cours, les enfants aiment aller à l’école et d’y retrouver leurs amis, d’apprendre, de s’appliquer pour réussir et améliorer leurs résultats.J’étais fascinée de voir que de si jeunes enfants étaient parfaitement conscients de l’enjeu décisif qui se jouait pour eux dans cette salle de classe : ils savent que c’est tout leur avenir qui en dépend, que l’école est leur porte de sortie pour fuir la misère de Kibera.

Dans un livre pour enfants très célèbre aux États-Unis qui s’appelle « If you give a mouse a cookie » (Si tu donnes un biscuit à une souris),le narrateur décrit une jeune souris à qui on offre un cookie mais qui, du coup, veut aussi trouver du lait, une paille,puis une somme d’autres choses qui la mèneront toujours plus loin, avec l’envie de réaliser de nouveaux projets. À Kibera, si on donne une bourse de scolarité à un enfant, pour lui ce sera comme de mordre dans un cookie, il sera sans doute dans les premiers de sa classe jusqu’à la fin de ses études, ensuite il travaillera pour aider sa communauté à améliorer ses conditions de vie.Je sais que c’est vrai car j’ai passé beaucoup de temps avec des jeunes très doués, malins et dévoués pour aider la jeunesse de Kibera à s’en sortir. Je sais que Kibera a un potentiel énorme. Tout ce dont elle a besoin c’est qu’on lui offre de quoi alimenter son envie de progresser !

Crédits photo. : Une enseignante avec ses élèves. © Fondation des enfants de Kibera.

Vos réactions

Voir plus de commentaires 0

Publier un nouveau commentaire

The content of this field is kept private and will not be shown publicly.
CAPTCHA
This question is for testing whether you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.
Image CAPTCHA
Enter the characters shown in the image.