Depuis plusieurs années, un mouvement mondial réclame l’annulation de la dette des pays les plus pauvres. En effet, beaucoup de pays en développement sont fortement handicapés par les dettes qu’ils ont contractées vis-à-vis des gouvernements des pays développés, des banques commerciales, des institutions financières internationales telles que la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international (FMI).
L’endettement des pays pauvres freine tous leurs efforts de développement. Ils sont obligés de dépenser quasiment la totalité de leurs ressources financières pour rembourser leurs dettes. Ils ne sont donc pas capables d’investir dans les secteurs de la santé ou de l’éducation. C’est un cercle vicieux : pour sortir de la pauvreté, ils n’ont pas d’autre choix que de s’endetter à nouveau.
Comment ces pays ont-ils accumulé autant de dettes ?
Une grande partie des dettes a été contractée dans les années 1970 et 1980. De nombreux pays en développement avaient alors emprunté de l’argent pour financer des projets nationaux. À l’époque, les prix des produits de base et les revenus générés par les exportations étaient élevés. Mais le choc pétrolier et la récession mondiale du début des années 1980 ont provoqué un effondrement prolongé des prix des produits de base. Ces pays se sont alors retrouvés avec d’importantes dettes qu'ils n'étaient plus en mesure de rembourser.
Des progrès considérables ont été réalisés dans les 10 dernières années en termes d'aide à la gestion de la dette pour les pays les plus endettés.
En 1996, la communauté internationale a décidé d'accorder l'annulation d'une partie de ces dettes afin d'aider les pays à amorcer une nouvelle dynamique moins dépendante de la dette. La Banque mondiale, le FMI et d'autres partenaires ont alors lancé l'initiative PPTE (pays pauvres très endettés) dont l'objectif est de réduire la dette des pays les plus en difficultés. Il est malheureusement très compliqué pour la Banque mondiale et le FMI d'annuler entièrement ces dettes, car cela signifierait que les fonds des deux institutions seraient entièrement consacrés au remboursement des créanciers, en d'autres termes, faute de financements suffisants ces institutions cesseraient d'exister.
Désormais, les responsables politiques des pays les plus riches du monde (qui sont aussi les plus importants donateurs), les créditeurs bilatéraux et les institutions financières internationales cherchent des moyens d'annuler entièrement ces dettes tout en continuant de financer l'aide au développement.
Les pays qui bénéficient de cette aide s'engagent en contre-partie à mettre en place un certain nombre de réformes liées principalement à la gouvernance, au secteur de la santé et à celui de l'éducation. Globalement, cet engagement a pour but de permettre à ces pays d'atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire (ODM).
Que font les pays une fois qu'ils reçoivent l'aide de l'initiative PPTE ?
Le Burundi, 24ème pays a avoir atteint le « point d’achèvement » de l'initiative PPTE, a vu sa dette réduite de 90 % (cela correspond à environ 1,4 milliard de dollars). Ce qui veut dire que le Burundi économisera 50 millions de dollars par an dans les 10 prochaines années. Le pays pourra ainsi augmenter ces investissements dans les secteurs de la santé, de l'éducation et des services sociaux de base.
Le Ghana a construit 509 nouvelles salles de classes dans l'ensemble des régions du pays. Les sommes économisées grâce à l'initiative PPTE ont permis au gouvernement d'accorder des micro-crédits à près de 43 000 fermiers, et de financer 563 projets d'installations sanitaires et 141 projets liés à la distribution ou à l'assainissement de l'eau.
Le Sénégal a développé des services communautaires de soins de base et renforcé les services communautaires de soins de base en zone rurale.
Comment fonctionne l'initiative PPTE ?
En juillet 2011, 40 pays remplissaient les conditions pour bénéficier de l’Initiative PPTE. Ce qui veut dire que l’argent qui leur servait auparavant à rembourser leurs dettes pourra être réinvesti dans leur développement socioéconomique. A noter que parmi ces 40 pays, 33 se situent en Afrique (!)
L'initiative PPTE c'est :
- 32 pays qui bénéficient aujourd’hui d’un allègement de dette irrévocable, car ils ont réussi à mettre en œuvre les reformes voulues par le PPTE:
Afghanistan, Bénin, Bolivie, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, République centrafricaine, République du Congo, Éthiopie, Gambie, Ghana, Guinée-Bissau, Guyane, Haïti, Honduras, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique, Nicaragua, Niger, Ouganda, République démocratique du Congo, Rwanda, Sao-Tomé-Et-Principe, Sénégal, Sierra Leone, Tanzanie, Togo et Zambie. - 4 pays qui bénéficient d’un allègement de dette intérimaire, car ils sont actuellement dans la phase de mise en place des réformes nécessaires :
Comores, Côte d’Ivoire, Guinée et Tchad. - 4 pays qui restent potentiellement admissibles à un allégement de leur dette :
Érythrée, République kirghize, Somalie et Soudan.
Si vous vivez dans un pays développé, vous pouvez vous engager en faveur de l’allégement de la dette. Informez-vous sur le montant des financements octroyés à travers l’aide bilatérale et multilatérale et faites pression sur votre gouvernement pour qu’il donne davantage. (Si vous vivez en France, vous pouvez lire ce rapport très instructifs sur l'aide publique au développement en France)
Si vous vivez dans un pays en développement, renseignez-vous sur les montants que votre gouvernement reçoit dans le cadre de l’aide au développement. Prêtez attention aux actions mises en œuvre afin que les fonds publics soient dépensés de manière appropriée.










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